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As-tu vraiment besoin de manger, Natacha Guiller ?

Pour poursuivre la réflexion initiée dans le livre Les artistes ont-ils vraiment besoin de manger ?, des artistes répondent au questionnaire. Après Hélène Vignal, c’est au tour de Natacha Guiller. Si vous aussi vous souhaitez participer, n’hésitez pas à nous contacter !

Que réponds-tu quand on te demande quel est ton métier ?
Ce que je fais, dois-je en témoigner dans ma présence même, l’apparence qui émane de la posture, c’est l’invisibilité, le flou quotidien dont je vous affuble. La marge, ce par quoi l’on me classe, je revendique, dérangeante, le flux discontinu malhabile, la vie si fragile qui défile, vaine à en tresser les rênes.

As-tu un problème existentiel avec lequel tu tentes de dialoguer ?
Le jonglage frénétique entre cieux et sol rationalise l’errance, sinon flottante du récit qui se construit sous mes pas. Cela suffit à me préoccuper pour l’instant, jusqu’à nouvel ordre.

Créer, c’est quoi ?
La non-satisfaction de la condition d’être induit le malaise consenti, l’idée jaillie du non-contentement. Le réel insuffisant insuffle la création, sans quoi l’humain papillonne idiot.

Commencer une œuvre, c’est quoi ?
Un sursaut ou l’illumination dessous la douche, au sortir d’une baignoire, annoter un dos d’emballage de succinctes traces « ne pas oublier ». L’œuvre est lancée, si elle est bonne, l’idée persécute en boucle.

Comment sais-tu qu’une œuvre est achevée ?
Comment situe-se le bout du début. On ne sait trop mal quand l’œuvre est en train, sans doute pas plus où doit-elle s’auto-suffire. L’accumulation de projets successifs vient organiser l’urgence de l’acte. J’abandonne probable, inachevé par essence, un travail de passion ardente pour un autre.

Pourquoi crées-tu ce que tu crées ?
Ce que je crée de ma vie, c’est l’essentiel, authentique interprète du moi fondu dans la masse. Je remue la poussière pour brasser le quotidien et le rendre tangible, appréciable. Le monde déteint sur moi, j’accepte l’infiltration.

À qui t’adresses-tu quand tu crées ?
On cultive en auteur pour tous ces hêtres à tête coupée, on sculpte en artiste les cabanes détruites du songe égaré à l’enfant, on reconstitue la mémoire pour transformer nos présents.

Quel rapport ton travail entretient-il avec la réalité ?
On atteint ici un seuil du concret, et où l’œuvre reproduit dans la matière brute l’archive live du vivant. L’actualité indéniable de mes actes, qu’ils soient domestiques ou artistiques, semble sans distinction. En cela, je crée du tangible, du brut à vif et à l’affût.

Que pense l’enfant ou l’adolescent que tu étais de ton travail ?
Je ne crois pas avoir acquis ma condition adulte, en ce sens, je dois encore gravir maints seuils d’autonomie impuérile. Sinon, je pense que la chose silencieuse et obscure qui m’incarnait plus tôt s’étouffe de bluff, épatée observe, frappe dans ses menottes d’autiste pour acclamer le miracle.

Qu’y a-t-il sur ton bureau ?
Étaler sur la table ce qui déjà y séjourne, ordonnancer ses outils pour précisément orienter son trait. Le plan s’actualise où s’accumulent des monticules d’éléments adéquats, du glanage et des post-its en cascade, des bouts de peau, de métal, des moutons de poussière du toit, la toile calée perpendiculaire au dos de la surface d’écriture. L’ordinateur ronronnant, les tiroirs microscopiques boursouflés, les carnets entamés et doublons d’agenda, la gomme mie de pain nucléaire, des livres jamais lus et des brochures cornées. Un micro-cravate rayonne près d’une souris sale, le tapis asiatique rebiquant, un flacon à urine complété de baumes à lèvres, des cartes de visite d’inconnus, les clés du toit hackées, la serrure sciée quelques mois plus tôt, des trousses en pagaille, calculatrice, mètre ruban, cahiers et carnets recouverts de glyphes, tampons, élastiques distendus, des sachets de réserves et de poudres, des clés USB enclavées sous plastique, colle en stick, agrafeuse baby, tamagotchi passé de date, un plan de Paris dupliqué, règle métal, taille-crayon deux têtes et boules Quies, brouillons hachés et recyclés en listes, répertoire épistolaire, timbres sous enveloppe, invitations antidatées, ordonnance contre-antidatées, chargeurs et câbles ondulés, programme Paris en toutes lettres, moult pochettes et autocollants promotionnels, la crème pour les mains, capuchon mal fermé, un surligneur turquoise débordant, des feutres arc-en-ciel, une enveloppe kraft exploitée, deux carnets de voyage à poster, les plaquettes de scènes slam parisiennes, archives dessins et cartes postales en écrin, piles de blocs A5 vierges, le calendrier perpétuel, divers catalogues de saison culturelle à mi-parcours, les micro-boîtes de cartouches Parker et effaceur à l’encre bleue, une prise multi-port, lingettes pour les lunettes des yeux, sacoche de street-artiste et schéma des toilettes scotché à droite de mon poignet […]

Est-ce que parfois tu en as marre ?
Insensé, l’imaginaire lassitude à la lutte, la curiosité égare le doute, l’absurdité d’exister.

As-tu déjà pensé à raccrocher les gants ?
Je me vois interdite d’ôter moufles et couteau à dinde, rendre les armes, à qui, pour quoi ? Vivre contient l’objectif d’exister en toute expérience, l’art traduit à lui seul l’incarnation de cette offre.

Est-ce qu’il y a des choses dans ton métier qui te mettent en colère ?
Ma démarche, soit tache, soit invisible, je me démène, me dépasse, aller au devant des gens présenter l’œuvre multiplexe, l’ambivalence de mon cas. L’ignorance me blesse, le rejet m’habitue. Le monde de l’art, un monde de brutes, puis ça bute sur mon statut ; art brut, art marginal, singulièrement outsider, pas assez indemne. Je n’ai pas plus d’identité plastique que par ailleurs.

Pour quoi milites-tu ?
Pour cela, acharnons nos mains, nos yeux plissent sous l’étoile de l’usure, l’écharde pointant un geste artisan. Il faut jusqu’au bout s’étoffer de beau, être coupable de laisser s’émaner les œuvres, aux pieds d’autres éperdus, évaporés de lumière.

Est-ce qu’on t’a déjà tendu des pièges ?
C’est bien l’humain qui, plus d’une fois, me roule, manipule mon âme, mon être, mon œuvre, mon moi vulnérable, pour mieux assouvir ses souhaits. Les guets-apens non fatals nous robustissent. Je remercie les bourreaux d’être aujourd’hui une cuirasse de guerre.

Qu’est-ce qui te sauve ?
J’évite de couler en ne baissant pas les yeux, la profondeur sous-marine, sombre. Je les garde grand ouverts ; abuser du paysage. Je cligne-actualise mon rapport au monde. Respirer l’imaginaire des autres me rassure et me rallie à la terre. Sans pairs, sans adresses, l’égarement m’étreindrait.

Qu’est-ce que tu veux sauver ?
Je souhaite préserver le paysage et mes yeux s’accommodant. Je veux préserver vive l’exaltation qui me porte à continuer de vivre. Je souhaite que demeurent faune et flore, bien après nous, plus paisibles et harmonieuses que nos pratiques prédatrices.

Qu’est-ce que tu envies aux disciplines artistiques que tu ne pratiques pas ?
Ce que je n’ai pas eu le temps d’apprendre m’attriste, je fantasme des hommes de scène, du corps de ballet et d’autres artistes vivant, qui se la racontent en public dans le noir, qui sont reconnus pour ça. J’envie toute pratique plastique qui contribuerait à mon autonomie ou à élaguer mon expression rhizome.

Qu’est-ce qui pourrait te faire abandonner ?
La maladie grave détruisant cellules et désirs, ne la laissons pas s’inviter avant d’en avoir soufflé l’idée conceptuelle, irradié les symptômes du fou, sinon transmué génie.

Qu’est-ce qui t’empêche d’abandonner ?
Lâcher la vie et l’œuvre qui la dessine serait une passementerie au tombeau, trop ébruitée d’ahurissement. La chance ultime de déambuler et percevoir l’histoire en un dessein à l’angle particulier est l’honneur ultime de l’élu vivant.

Quand tu es à terre, comment fais-tu pour te relever ?
Plantée au ras du sol, je me roule premièrement et honore les fleurs. Saluant les arbres, je me roule encore, les yeux pendus dans le paysage des cieux. Si je m’endors, quelle aubaine. J’accepte de remonter la pente, point de tire-fesse qui m’assigne, je me fais violence, sans aucun doute.

Où est la joie dans ton métier ?
L’émerveillement irréversible, celui de s’éveiller chaque jour, la fatigue d’exister, sculpturer la vie est toute la joie de poursuivre, sans oser remettre en question ce cadeau dégoté sans mérite.

Qui sont tes allié·e·s ?
Ceux qui m’accompagnent en trip, les malades, les fous, les poètes lunaires, les animaux mutiques, les danseurs impétueux, puis des voix inlassables, des musiciens hors pair, mes amoureux compagnons.

Qui sont tes ennemi·e·s ?
Le danger paresseux de l’apparence, des cieux grisonnants, la mine terreuse du voisin terni par l’épreuve de la minorité du spectacle. S’ils nous atteignent, il faut accueillir la plaie et le fléau sans religion, car peau sur peau se répare.

Est-ce que le fait d’être un homme ou une femme a une influence sur ton travail ou tes conditions de création ?
Assez sceptique quant aux qualités qu’on fédère à mon genre matriculé, de même pour l’autre, je pagane en ovni.

De quel matériel as-tu besoin pour créer ?
La vérité, je crée sans matériau autre que mon potentiel fugitif, je m’égare dans mes songes, fantasmes et délires filés. Revenir à vous et à soi relève d’une épreuve de réalité, accuser le coup en s’emparant d’une craie, un bout de chiffon, pour transcender le voyage.

D’où viennent tes revenus ?
S’épuiser en ce sens n’est qu’honnête folie, passionnelle, inhérente à ma présence. La contrepartie, la reconnaissance ou l’étiquette précise n’ont pas eu lieu. Je peux patienter toutefois, toute ma vie, j’ai su m’y astreindre.

Fais-tu des boulots alimentaires ?
Je travaille d’arrache-pied pour ne pas m’égorger de nourriture. Créer rajoute à la denrée permanente, j’étouffe, je vomis de ce que le monde offre de plus consistant. J’espère un jour redistribuer cette matière, moyennant la monnaie de vie.

Comment t’es-tu organisé·e pour tenter de vivre de ton art ?
J’aménage le quotidien, l’envisage comme un mouvement abrégé, récapitulatif de l’acte créateur, lequel partitionne et conditionne ma mobilité. L’existence qui devient manifeste du corps d’expression, le sens du souffle et le rire compulsif inhérents à l’homme.

Dans quelles conditions travailles-tu ?
D’aucuns décrètent qu’il s’agit d’un travail, d’une besogne monnayée. J’évolue seule et intense dans tout ce que je fais, ce que je vis. Je fais sans structure, je bâtis tout le temps, sur la ruine et le bourgeonnement. Le froid et la fatigue m’accompagnent, l’étroitesse de sas inappropriés fait la singularité de mes pièces. Je fais dans la condition d’être en vie.

Qu’est-ce qui est choisi ou subi dans tes conditions de travail ?
Être en pratique dans l’expérimentation permanente, sans frontières entre vie et œuvre est une éthique, l’évidence de la survie, l’issue unique qui m’ait été offerte. À saisir sans hésiter. L’espace à la praxis et l’intimité dominante sont peut-être les modalités du sacrifice pour obtenir de moi le meilleur. Cela passe, cela va sans dire, par la douleur.

En quoi la présence ou l’absence d’une famille avec toi influence tes conditions de travail et ta création ?
Je remercie mes proches d’être insensibles à mon art, sinon affectés, je les distance au max’ de ma production virulente, sinon, elle les concerne, c’est vrai. Je produis d’eux sans leur présence, en substance, ils m’alimentent encore.

Qu’y a-t-il dans ton frigo ?
Pour tenir, je dois ingérer tout un tas de savoirs, aussi de denrées. Mon capital digestif est fort limité, toutefois. J’ai le régime d’un nourrisson qui contracte dès l’origine moult intolérances au diapason. De l’eau, des légumes tièdes et du soja sans sauce. Des suppos sculptés parasitaires stagnent dans la portière en blédine, des trucs sinon à vomir au soir. L’eau moisie d’une bouteille miniature, pour expérience.

As-tu vraiment besoin de manger ?
Le quotidien alimente mon imaginaire, les idées s’extraient du corpus vivant, de l’environnement et l’actualité. Cette nourriture, aussi toxique que foisonnante, inspire mes mains, mes déplacements, mes choix. J’ai bien tenté me substanter unique de la sorte. On s’en mord les doigts (ce qu’il reste de peau, la chance).

Quelle est la question que tu as toujours voulu qu’on te pose ? Et la réponse à cette question ?
On ne m’interroge sur mon état, après-pendant l’acte de créer, corps inerte sinon, activé par ses gammes quotidiennes, le plaisir et la douleur conjoints au travail de l’œuvre.

 

Natacha a passé la moitié de sa vie à se faire mijoter à des fins de disparition. La faim de vivre reprend le dessus dans ce projet bricolé complètement fou et artisanal de fabriquer en rescapant. Effrayée par le temps défilé et restant à dévider, elle produit (se produit) via tout ce qui traîne, dans le cadre d’une errance chronique étalée surtout la nuit. Ça slame et ça danse, peinture et graphomanie sur toute surface implosable, dans l’attente de croiser d’autres silhouettes qui gisent, tête-à-tête biscornu, friands de pyrotechnè subite.

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Un peu de presse

Comme nous n’avons pas de budget pour les relations presse, c’est toujours une joie de voir des médias, magazines, journalistes s’intéresser à notre micro-existence. En voici quelques témoignages.

Sur Radio G dans l’émission L’oreille curieuse

Ci-dessous des articles issus de Ouest France, L’humanité, Le Matricule des Anges, et dans une publication plus bas se trouve un article du Monde.

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Ce fut une très belle soirée

Hiers soir, lecture et discussion autour de Les artistes ont-ils besoin de manger ? à la Maison de la Poésie de Paris, à l’invitation d’Arnaud Cathrine. Avec Mathieu Simonet, Julie Bonnie, François Bon, et moi. Nous étions sur scène, pour lire et parler de nos bricolages et parler des choses qui parfois ne vont pas. J’ai maladroitement animé, c’était un beau moment, la salle était pleine et réactive. Marc Molk et Neil Jomunsi étaient dans la salle et sont montés lire un extrait de leur texte. On voudrait davantage de soirées comme ça et d’invitations. Pour l’instant, c’est la seule invitation à parler de ce livre collectif, édité par Coline et moi (et tiens, il y a eu un article dans L’Humanité, mais ils ont coupé Coline de l’article, comme si j’étais le seul créateur et éditeur de Monstrograph… désespérant).

(Photo de Bettina Sultan)

Photo de Bettina Sultan
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Un article dans Le Monde

À monstrograph, on n’est pas riche, on n’a donc pas les moyens de faire un service de presse, mais on signale la sortie de nos livres sur twitter, facebook et instagram, sur nos blogs et sites aussi, et parfois ça donne envie à des journalistes d’en savoir plus, donc on leur envoie un livre, papier, pdf ou epub. Parfois on peut compter sur des copains et des copines aussi qui nous disent “Hey tu devrais demander à Truc de tel journal, ça pourrait l’intéresser !”. On est minuscules, et nos livres sont atypiques et critiques, donc on sait qu’on n’aura jamais beaucoup de presse. Mais parfois un papier, ça fait du bien. C’est comme un petit hello chaleureux.

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As-tu vraiment besoin de manger, Hélène Vignal ?

Pour poursuivre la réflexion initiée dans le livre Les artistes ont-ils vraiment besoin de manger ?, des artistes répondent au questionnaire. Hélène Vignal est la première à s’être prêtée au jeu. Si vous aussi vous souhaitez participer, n’hésitez pas à nous contacter !

Que réponds tu quand on te demande quel est ton métier ?
Ça dépend de qui m’interroge. Je joue avec mes deux métiers, je me ménage des espaces de liberté, des cachettes, en citant l’un (responsable d’un service Égalité Vie Associative dans une collectivité) ou l’autre (auteure jeunesse). A ceux dont je pense qu’ils peuvent comprendre je dis les deux, et je commence toujours par la phrase « j’ai deux métiers », parfois je commence par autrice, d’autres fois par salariée, je n’ai pas de règle sur l’ordre. Je fais des réponses très opportunistes, en fait.

As-tu un problème existentiel avec lequel tu tentes de dialoguer ?
Mon rapport aux groupes est un véritable problème existentiel. Je ne peux appartenir à aucun groupe. Je pense que le fait d’avoir deux métiers est constitutif de ce problème existentiel. J’éprouve facilement de la panique à l’idée de l’entre-soi. J’ai une grosse contradiction sur le rapport au groupe : c’est pour moi un indispensable-vital qui m’est inaccessible de façon durable.

Créer, c’est quoi ?
C’est ne pas pouvoir faire autrement.

Commencer une œuvre, c’est quoi ? Comment sais-tu qu’une œuvre est achevée ?
C’est être obsédée, suffisamment longtemps, suffisamment intensément pour que ça aboutisse à une mise en écriture. C’est une obsession particulière, une obsession qui ne sait pas, qui cherche, qui s’agite en moi, une intranquillité qui se met en marche, avec gourmandise et foi. C’est difficile à décrire. Mais la caractéristique de cet état, est qu’il est intense, durable et que son objet est indéfini. C’est pour définir l’objet de l’obsession que je me mets en écriture. Et c’est quand je sais que je l’ai trouvé que j’arrête. Savoir que je l’ai trouvé est un déclic, une forme de message intérieur. Ça ne veut pas dire que je sais CE que j’ai trouvé. Ça veut juste dire que j’ai trouvé. Que la réponse est dans le texte que je viens d’écrire et que je n’ai plus besoin de la quête. Elle est apaisé et je peux passer à autre chose.

A qui t’adresses-tu quand tu crées ?
A tout un chacun. A moi. Au plaisir qui circule entre les lecteurs et les auteurs. J’envoie un message à ce territoire de l’entente, de la connexion. J’écris pour tout le monde, car je ne fais pas tellement de différence entre les adultes et les enfants.

Quel rapport ton travail entretient-il avec la réalité ?
Mon travail est dans la réalité, il en est une composante. Inventer des histoires et des personnages fait totalement partie de la réalité, même quand on n’est pas écrivain. Les autres nous inventent, projettent des choses sur nous. Nous inventons les autres. On invente sa vie, on nous invente des vies. Qui sait en face de qui il est ? Qui sait l’histoire extraordinaire qu’a traversé cet homme, cette femme ? Qui peut imaginer ce que vit secrètement son voisin dans le bus ? C’est cela la réalité : l’ignorance totale dans laquelle nous sommes les uns des autres le plus souvent. Et les histoires qu’on se raconte à soi même. Nous sommes des fiction-makersqui s’imaginent qu’ils savent… on ne sait rien. On invente. Tout le temps, alors cette pseudo scission entre fiction et réalité je n’y crois pas du tout.

Que pense l’enfant ou l’adolescent que tu étais de ton travail ?
Mais je suis encore cette enfant, encore cette adolescente. Mon éditrice Sylvie Gracia, dit des auteurs jeunesse qu’ils écrivent depuis un âge qui ne se serait jamais vraiment refermé. En ce qui me concerne c’est l’âge de 12 ans. La Hélène de 12 ans serait étonnée de ce que mon « autre » travail m’a fait un peu oublier : la douceur et la patience. L’enfant que j’étais était beaucoup plus douce et patiente que l’adulte que je suis au boulot aujourd’hui. Elle me dirait peut être cela : N’oublie pas ta douceur, ta patience. Je pense qu’on rigolerait bien ensemble, aussi. Je ne sais pas ce qu’elle penserait de moi, mais je sais ce que je pense d’elle, en tout cas. Je l’admire énormément. Je suis très fière de l’enfant que j’ai été. Son courage m’impressionne des décennies plus tard. Sa capacité à endurer la solitude et l’angoisse, sa résilience, sa foi en l’humain malgré tout. Je crois qu’elle aimerait venir à la maison, plonger dans ma bibliothèque et parler avec moi d’écriture, me faire lire ses poèmes. Je pense qu’elle aimerait ma compagnie.

Qu’y a-t-il sur ton bureau ?
Je n’ai pas de bureau. J’écris sur la table de la cuisine, ou sur une table vide. Il y a toujours mon téléphone, une thermos de thé, des feuilles, un stylo et mon dictionnaire Robert de poche des synonymes et nuances.

Est-ce que parfois tu en as marre ?
Oui mais c’est sans gravité, sans drame. Si j’en ai marre, j’arrête d’écrire le texte en cours, j’arrête d’accepter des invitations à des salons, j’arrête de consulter les réseaux sociaux et de voir les publications des copains, j’arrête d’être en contact avec le monde de la littérature. J’arrête aussi de lire s’il faut. Mais d’écrire, je n’arrête pas longtemps. Mes carnets se remplissent quoi que je décide. Ce ne sont pas forcément des fictions, je peux rester longtemps sans une fiction en cours, mais j’écris : mon journal, mes rêves, des réflexions, je prends des notes sur mes lectures, je grattouille un poème, j’essaie de décrire une scène comme on ferait un croquis, je fais un portrait…

As-tu déjà pensé à raccrocher les gants ?
Il se trouve que je les ai déjà raccrochés plusieurs fois. Avant même d’être éditée, j’ai plusieurs fois décidé d’arrêter d’écrire, parce que les conditions que cela requérait étaient gênantes pour mon entourage, parce que mes deux enfants petits nécessitaient tout mon temps et toute mon attention, parce que je trouvais ça profondément prétentieux de prétendre avoir des choses à dire que les autres ne pouvaient pas dire comme moi. Depuis que je suis éditée, j’ai pensé couper avec cette vie-là, parce que, paradoxalement, faire partie de ce monde des « auteurs édités » induit quelques filtres et biais qui ne sont pas toujours une aide pour la création. Mais comme cela comprend évidemment aussi d’autres effets très stimulants, quitter tout ça reste une pensée. C’est important de pouvoir le penser, et de savoir que c’est matériellement possible. Mais l’écriture ne se laisse pas abandonner comme ça. Elle est un fleuve souterrain, Duras disait qu’on peut être écrivain sans écrire une ligne. Je comprends profondément cette affirmation, je l’ai ressentie plusieurs fois. Arrêter d’écrire est impossible. Arrêter d’être publiée, oui. Arrêter de rencontrer ses lecteurs, arrêter d’aller sur des salons, de faire des ateliers d’écriture, des résidences. Oui. Tout cela est possible et sans aucune gravité me concernant. Mais arrêter d’écrire, jusque là ça a été impossible. Depuis que j’ai six ans et que je sais écrire, il me faut écrire. Je ne peux pas faire autrement. Raccrocher les gants cela voudrait dire aussi me priver des échanges réguliers avec mes copains auteurs.trices. Et cela me paraît trop douloureux a envisager. J’aime ce milieu. J’aime sa générosité, son humilité, son entêtement, sa fantaisie, sa liberté. J’aime ces gens, ces amis que je croise une fois tous les trois ans, parfois une seule fois dans toute ma vie, et qu’étrangement je considère comme des intimes…

Est-ce qu’il y a des choses dans ton métier qui te mettent en colère ?
Il y a des choses avec lesquelles je ne suis pas d’accord. Et j’essaie de le dire. Mais la colère est une émotion que j’essaie de chasser de ma vie. Je n’y arrive pas totalement, mais je suis en progrès aux dires de mon entourage. J’ai été une grande colérique. Je me mettais dans des états qui me laissaient exsangue et désespérée. Alors je préfère choisir l’indignation et l’action à mon niveau, plutôt que de partir dans de longues diatribes où j’excelle (car j’ai beaucoup pratiqué!) mais qui sont piégeuses et à mon avis inefficaces. Je n’aime pas ce qu’on fait aux auteurs. Je n’aime pas le mépris qu’on a pour les gens qui créent pour la jeunesse. Je n’aime pas l’entre-soi, dans aucun des milieux que je fréquente, je ne le supporte plus. Je suis indignée par le sort qu’on fait aux migrants sur le sol français, qui est un entre-soi industrialisé. Je suis profondément choquée par le mépris de classe de la majorité des politiques que je croise, et par leur grande inculture (même parmi ceux qui sont sensés s’occuper de culture). Une majorité des élus ne lisent pas. Et pour finir sur mes indignations liées au métier, je frémis devant l’adultisme.

Pour quoi milites-tu ?
J’aimerais sauter cette question. Elle me met mal à l’aise. Le militantisme me renvoie à un énervement collectif dont je me méfie beaucoup. J’ai trouvé une quasi-identité quand j’étais jeune, avec cette notion de militantisme. Je me définissais comme militante. Je travaillais dans les « quartiers difficiles », avec des ados du 9.3, comme on dit. Et puis peu à peu j’ai pris de la distance avec cette posture. Intervenir sur les faits sociaux sans être en posture de domination n’est pas si simple. Il est venu un moment où je ne me reconnaissais plus dans ce milieu militant, j’avais même parfois l’impression fugace d’avoir participé à quelque chose de pas honnête et j’ai pris du recul avec « le terrain » comme on dit (ça aussi… ce mot !). Récemment, j’ai eu à passer devant un jeune isolé qui dormait dehors. J’ai pensé à lui tous les jours, lui ai préparé des paniers de nourriture, lui ai cherché des adresses, ai parlé avec lui. Puis il a rejoint un collectif qui squattait une maison, la lutte s’est installée. Et là, j’ai arrêté. Je n’arrivais pas à rejoindre ce collectif. C’était au dessus de mes forces. Le plus que je puisse faire c’est de faire masse quand il le faut : je signe des pétitions, je défile de temps en temps, je me suis syndiquée, j’adhère à des organisations professionnelles, je m’exprime dans des réunions ou des forums. Mais être membre d’un mouvement est au dessus de mes forces. Je pense que c’est lié à mon histoire et à ce que j’ai vu qu’on pouvait faire aux individus dans certains groupes. Je serai toujours ambivalente là-dessus. Je suis pleine de contradictions. Celle-ci est parmi les plus grosses qui m’envahissent. Un irrépressible besoin de collectif et la sensation concomitante d’y être toujours illégitime ou écrasée.

Est-ce qu’on t’a déjà tendu des pièges ?
Je suis née dans un gigantesque piège où étaient déjà pris mes parents : un mouvement sectaire. Cela a été mon malheur et ma chance, car comme l’a dit Hölderlin « là où croît le péril croît aussi ce qui sauve ». J’ai donc, je crois, une petite acuité sur les pièges. Le plus souvent lorsqu’on est piégé, on ne le sait pas. Je suis piégée plusieurs fois par jour. Par la consommation, la pub, les réseaux sociaux, la séduction, mon égo, mes défauts. Je me suis piégée toute seule avec des promesses et des engagements trop grands pour moi. Je me suis piégée dans le travail, dans le sens du devoir. Le piège est fréquent. Le déjouer demande de la tranquillité intérieure, de la force mentale et surtout beaucoup beaucoup d’humour.

Qu’est-ce qui te sauve ?
L’amour. Le recul. Le rire.

Qu’est-ce que tu veux sauver ?
Le monde ! Qu’y a-t-il d’autre à sauver ?

Qu’est-ce que tu envies aux disciplines artistiques que tu ne pratiques pas ?
La possibilité de produire les images qui me traversent l’esprit chez les illustrateurs. La pratique en groupe chez les musiciens. La solidité matérielle des œuvres chez les sculpteurs. Être tout entier dans son corps comme j’imagine que le sont les danseurs. Le rapport à la matière chez les artisans d’art.

Qu’est-ce qui pourrait te faire abandonner ?
Je ne sais pas du tout. L’absence à moi-même, peut-être, comme la folie ou le coma. Et la mort, bien sur.

Qu’est-ce qui t’empêche d’abandonner ?
Il se trouve que « ça » continue. Il y a eu beaucoup de luttes dans ma vie. A cinquante ans, j’ai envie que les choses se passent hors du ring pour filer la métaphore des gants de boxe. Ce qui ne signifie pas une absence d’efforts, d’endurance ou de ténacité. Mais je ne veux pas être dans quelque forme de combat que ce soit avec l’écriture. Juste dans cette zone là, je voudrais ne pas avoir à me battre, ou alors un combat qui n’abîme ni ne détruit rien, où la victoire n’a privé personne de rien. C’est peut-être ça la création pour revenir à la question du début.

Quand tu es à terre, comment fais-tu pour te relever ?
Je me regarde à terre et je me dis : « ben voilà : tu es à terre ». Je prend la pleine mesure de mon état. Je l’inventorie. Je palpite dedans. Et comme rien ne dure, et bien jusque là il y a toujours une aube, un léger mouvement, une différence d’avec la seconde d’avant. Je respire, j’accepte que ça ne va plus si mal qu’il y a cinq minutes, que je suis capable penser à un truc agréable, que j’ai envie d’un thé, que j’ai une amie à appeler. Je sais que quelqu’un, tout à l’heure ou demain, va m’ouvrir ses bras sans poser de questions, sans faire de commentaires. Et jusque là c’est toujours reparti.

Où est la joie dans ton métier ?
Dans le livre qui commence. Dans le livre achevé. Dans l’accord de l’éditeur. Dans les ateliers d’écriture où les participants de tous âges acceptent leur propre richesse et s’en réjouissent. Dans le premier exemplaire d’auteur qui arrive dans la boite aux lettres. Dans une lecture qui me donne envie d’écrire. Dans les soirées entre auteurs jeunesse pendant les salons. Dans le retour à la maison. Dans le fourmillement des idées. Dans la bienveillance. Dans l’espoir.

Qui sont tes allié.e.s ?
Mes lecteurs (dont font partie les enfants, les éditeurs, les profs, les bibliothécaires, les autres auteurs.trice.s…). Je vis aussi avec quelqu’un qui accepte mon indisponibilité de façon inconditionnelle et respecte comme personne l’importance de l’écriture dans ma vie. Il ne lit pas, ne commente pas ce que j’écris, ne sait pas avec certitude combien de livres j’ai publiés, est incapable de citer dix de mes titres, mais il a toujours tout fait pour que je puisse écrire. Concrètement. Il sait comment ça se passe et je n’ai jamais eu à lutter avec lui pour faire de la place à l’écriture. C’est une très grande aide.

Le silence et le temps sont aussi deux précieux alliés.

Qui sont tes ennemi.e.s ?
De plus en plus ce sont les réseaux sociaux : ils prennent du temps, poussent à des comparaisons stériles, des postures de râlerie systématiques, des débats tristes, de la pollution émotionnelle ou du voyeurisme et engendrent parmi certain.e.s d’entre nous un ton enjoué un peu forcé qui me met mal à l’aise et produit une sorte d’uniforme mental qui éteint ma créativité. J’envisage de plus en plus de poser des limiteurs de temps sur mes appareils pour être moins prise par ce truc.

La censure qu’exercent certains prescripteurs sur certains textes. Cela m’est arrivé plusieurs fois. C’est violent, parce que ça me rappelle que demain tout peut s’arrêter. Quand je dis tout, je pense à ce fourmillement d’échanges, de tolérance et de projets, d’évolution sociétale dont les milieux où j’évolue essaient d’être porteurs.

Est-ce que le fait d’être un homme ou une femme a une influence sur ton travail ou tes conditions de création ?
Sans aucun doute. Je lis beaucoup d’autrices, beaucoup plus que d’auteurs. Je pense que je suis attirée par l’écriture des femmes, j’y cherche un écho. J’écris avec ma féminité, c’est incontestable. J’écris aussi avec ma part masculine. Les genres (il y en a bien plus que deux, on le sait) sont des énergies qui nous donnent une tonalité, une voix unique. On est dans un genre qui peut évoluer aussi. Je trouve que plus je vieillis plus je suis profondément femme. Je mobilise moins ma part masculine que quand j’étais jeune.

De quel matériel as-tu besoin pour créer ?
Un ordinateur, du silence, un lieu correctement chauffé, une connexion internet, un disque dur externe, mon dictionnaire des synonymes et des nuances, un bon litre de boisson chaude, au moins cinq heures devant moi.

D’où viennent tes revenus ?
Par ordre décroissant : de mon travail de salariée, des rencontres avec les lecteurs et de mes droits d’auteur.

Fais-tu des boulots alimentaires ?
J’ai deux métiers. Point. Pour moi ils sont aussi importants l’un que l’autre. Ils m’alimentent tous les deux. C’est important pour moi de participer à la vie de la majorité de mes concitoyens, d’éprouver les mêmes choses que les autres : les open-space, les horaires, les collectifs de travail, les projets, les rapports hiérarchiques, les conflits, les alliances, la fatigue du corps et de l’esprit…. C’est important pour moi de produire mes textes, au rythme où ils se présentent, et de parler aux jeunes lecteurs, d’avoir des échanges avec d’autres écrivain.e.s. Les deux sont essentiels. J’ai trop vécu l’isolement hors du monde dans mon enfance. Pas question d’être coupée de ces réalités-là. « I wana be a part of it » comme dit la chanson. Le prix à payer est cher, (je suis passée par la case burn-out a force de vouloir vivre deux vies à la fois) mais je ne veux pas être ignorante de cette réalité du travail salarié, et je ne veux pas renoncer à ma création. Ce qui est amusant c’est que dans ma vie de salariée, le plus souvent on ignore mon activité artistique. C’est fou le peu de curiosité que les gens ont pour ça. Et la réciproque est vraie aussi : dans notre milieu de littérature jeunesse, avoir un autre métier, fait de nous des sortes « d’impurs » pour certains copains. Si on n’est pas à 100% auteur.trice, on n’en est pas vraiment un.e. Mais je pense que c’est plus l’expression d’angoisses que de rejet réel.

Comment t’es-tu organisée pour tenter de vivre de ton art ?
Je ne vis pas de mon art au sens économique. J’en vis sur un autre plan : c’est certain. Il me fait vivre pleinement, comme j’ai envie de vivre. Il m’apporte une lumière vitale, une énergie tout aussi indispensable qu’un salaire. Il est constitutif de ce que je suis. Il est pour l’instant assez à l’abri des contingences matérielles parce que les choses se sont faites comme ça. Mon premier livre a été édité alors que j’avais 36 ans. Cela ne veut pas dire que je brade mon travail. Je suis parfaitement consciente qu’il a un prix, que chaque heure que je passe sur un texte est arrachée à un océan de contraintes, à la fatigue, à mes proches. Cela a un prix. Voilà. C’est double, dans ma vie. J’ai deux jambes et si ma jambe droite est clairement ma jambe d’appel, je ne tiendrais pas debout sans la gauche. J’ai deux yeux pour voir le monde. J’ai deux cerveaux. Deux métiers. Deux noms.

Dans quelles conditions travailles-tu ?
Les jours où je ne vais pas à mon autre travail, qui sont des jours que je programme, je m’installe devant mes textes avec ma thermos, mon ordi, mon dico et dans une tenue bien confortable. Je me mets au boulot vers 9h et en général je relève le nez vers 15h. Je mange et je m’y remets encore une ou deux heures. Je suis obligée de me caler des rendez-vous sinon le temps passe, j’ai mille autres choses à faire et je n’avance pas sur mon texte. Je mets à profit les week-ends, les vacances, les RTT pour avancer sur mes projets. Il y a quelques années j’avais pu poser un temps partiel et j’écrivais systématiquement tous les vendredis, c’était vraiment génial. Ce n’est plus possible aujourd’hui, mais je guette toutes les ouvertures qui pourraient me permettre de dégager plus de temps. Par exemple, alors que tous les collègues de mon âge ont progressé hiérarchiquement, je m’acharne à ne pas grimper car je sais que dans le milieu où je bosse ça veut dire renoncer totalement à l’écriture.

Qu’est-ce qui est choisi ou subi dans tes conditions de travail ?
Concernant l’écriture, le manque de temps et les conditions de rémunération sont clairement subis, même si j’ai renégocié une ou deux fois mes contrats. Ce qui est subi aussi c’est un certain isolement professionnel. Je suis peu en contact en dehors des salons et des réseaux sociaux avec les copains et c’est aussi comme cela que les projets émergent et naissent. Cela me manque, c’est sûr, mais renvoie à ce que j’ai dit plus haut sur mon problème existentiel du rapport au groupe, au collectif. Tout le reste, du moins je crois, est choisi.

En quoi la présence ou l’absence d’une famille avec toi influence des conditions de travail et ta création ?
Je suis passée à l’édition parce que j’avais des enfants. C’est en leur cherchant des « livres à lire tout seul » il y a une quinzaine d’années que j’ai totalement redécouvert la littérature jeunesse. En quelques lectures j’ai su que j’allais orienter mon écriture vers ce secteur. Il y avait là de la liberté, des projets totalement enthousiasmant, une façon de parler aux enfants qui ressemblait à ce que je cherchais dans ma vie. C’était évident. Je ne savais pas si j’arriverais à me faire éditer, mais je savais vers quoi mon écriture devait se tourner. Par la suite, mes enfants comme mon compagnon ont toujours fait preuve d’un grand respect pour cette activité. Ils savent très bien qu’elle est vitale pour moi. On en parle peu. Mais le fait que j’annonce « j’écris » m’assure une paix royale, un espace-temps respecté par chacun.

Qu’y a-t-il dans ton frigo ?
Des steaks de céréales, des œufs, des jus de fruits périmés ouverts par mes enfants là dernière fois qu’ils sont venus, du beurre salé, de la salade, des olives, plusieurs fromages, des yaourts de brebis, de la crème, des carottes, des cornichons, des bières, du cidre breton, des courgettes, une bouteille de lait périmé que je vais utiliser quand même.

As-tu vraiment besoin de manger ?
Je suis gourmande et je vis avec un gourmand. Donc la nourriture, ça ne rigole pas. De la même façon que j’ai deux vies, j’ai un peu tendance à manger pour deux, à acheter les aliments en double, à me resservir… J’essaie de manger de la qualité, de moins en moins de viande. Avec le sommeil et le sport, l’alimentation est un pilier de ma santé et de ma vitalité. Je fais de moins en moins de concessions là dessus (plus de sandwiches, plus de junk-food, beaucoup de bio, plus de grandes surfaces…). Depuis quelques mois je ne mange plus entre 20h et 13h. Je fais des jeûnes quotidiens de 16h et je mange ce que j’aime pendant les 8 autres heures de la journée.

Quelle est la question que tu as toujours voulu qu’on te pose ? Et la réponse à cette question ?
– Bonjour Hélène, comme convenu je viens te chercher, c’est maintenant. Tu as été patiente. Est-ce que tu es prête ?
– Oui ! On y va…

H.V. Est née sur une île en plein Paris.
Elle est née pendant une révolution dans une période de paix.
Elle écrit pour les enfants et les adolescents mais adore être lue par les adultes.
Elle déteste le mensonge et invente beaucoup d’histoires.
Il y a des jours où elle ne sait plus où elle en est.
Et ça fait cinquante ans que ça dure.

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Nouveau site pour Monstrograph !

C’est l’année des changements chez Monstro !
Notre petite maison d’édition est devenue une association, nous publions à la rentrée notre premier livre collectif, ce qui veut dire ouvert à d’autres auteurs que nous-mêmes. Du coup, on a voulu accompagner ce changement d’un nouveau site. Bye bye Bigcartel, bonjour WordPress. Comme on est plutôt des casaniers, on a tenté de reconstruire à peu près la même maison (sauf que celle-ci ne nous coûte rien).

Comme on est encore en train d’apprivoiser tout ça, n’hésitez pas à nous faire signe si vous voyez des choses étranges, des fonctions qui ne marchent pas, des pages vides, des liens qui ne mènent à rien, des petits monstres gentils égarés.